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septembre 2014

"Je panse, donc je suis" par Émeline Legrain, Infirmière au Relais Santé

 

L’accompagnement médical/paramédical d’une personne sans abri implique souvent une certaine remise en question sur les méthodologies de soins apprises par le personnel soignant durant sa formation. Cela exige une grande capacité d’adaptation face à la situation et les ressources du patient. C’est pourquoi le Relais Santé a décidé de se former à la pratique « d’infirmière relais en soins de plaies ».

 

Le Relais Santé est un service de 1ère ligne qui veut permettre aux personnes en grande précarité d’accéder au système de soins de santé conventionnel. Il tente d’améliorer l’état de santé global de ses usagers, tant au niveau physique et mental que social.

 

Travailler au Relais santé, c’est rencontrer un public en grande précarité, composé pour la plupart de personnes sans domicile fixe.

 

Notre équipe comprend 3 infirmiers à temps plein travaillant sur 3 pôles :

  • Les permanences institutionnelles ;
  • Les permanences extérieures ;
  • Le travail de rue.

 

Remarques :

  • Aucun soin n’est jamais réalisé en rue, afin de préserver l’intimité de la personne et d’éviter la stigmatisation de l’habitant de la rue.
  • Nos conditions de travail empêchent parfois l’accès à des traitements, produits, pansements véritablement adaptés aux pathologies rencontrées.

 

Au-delà de l’aspect médical, nous devons en plus, et je dirais surtout, tenir compte de la réalité sociale du patient et de ses faibles ressources (financière, physique, mentale, sociale, intellectuelle…). L’extrême précarité peut retarder un soin relativement évident dans des conditions hospitalières, au point qu’une plaie de départ tout à fait bénigne s’infecte jusqu’à nécessiter une amputation.

 

Après 4 années de pratique et de collaboration avec d’autres professionnels du réseau, nous sommes arrivés à la conclusion que la réalisation des soins au Relais Santé doit relever d’une philosophie imparable :

 

« Un soin doit être réalisé comme si le patient ne revenait jamais »

 

En effet, nous sommes souvent confrontés à des patients qui n’ont pas pu/su effectuer le bon suivi de leurs soins médicaux. Nous rencontrons parfois des patients avec des fils en place depuis presque 2 mois, ou encore avec un cathéter présent dans le bras après leur sortie d’hôpital, voire même un pansement en place depuis 2 semaines alors qu’il aurait dû être enlevé après 2 jours…

 

De plus, nous ne sommes jamais certains de revoir le patient chez qui nous avons réalisé un soin. Ainsi, nous devons prendre en compte les ressources et le mode de vie de la personne afin d’essayer de trouver l’équilibre entre le « bien faire » et le « mal faire » qui, au regard de nos apprentissages en soins infirmiers, ne nous satisfait pas mais qui est tout à fait adapté aux conditions de vie de la personne soignée.

 

Nous sommes continuellement confrontés à un dilemme où la réalisation d’un « simple » pansement se transforme en une réelle démarche réflexive, avec un souci constant de s’adapter à une réalité de vie totalement différente de la nôtre et pour laquelle il n’existe pas de « bonne » réponse mais la « meilleure réponse possible »…

 

 

 

ARTICLE DANS SON INTÉGRALITÉ :

Je panse, donc je suis
Version intégrale de l'article du Relais santé sur la réalité des conditions de soins de plaie pour les personnes vivant dans la très grande précarité.
article Relais santé - Je panse donc je
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